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C’est avec grand plaisir que nous présentons cette entrevue exclusive avec l’artiste, auteur et nouvellement Montréalais ElDiablo. Un gros merci à Eva Rostain & Fanny Fo pour leur contribution, ainsi qu’au mécène de l’artiste, ESKIS.

Artgang Galerie Crew – Commençons de manière très large: comment t’es-tu retrouvé à côtoyer le milieu du hip hop et du graffiti? Qu’elles étaient tes influences quand tu as débuté? De tes débuts à aujourd’hui, vois tu ton parcours comme un continuum? Y vois tu différentes phases, disciplines, périodes?

ElDiablo – J’ai commencé à apprécier avant tout le dessin à travers la BD. Mes influences étaient multiples , disons que je suis passé de Gotlib à Reiser, Margerin, Tramber et Jano (le franco-belge underground, quoi), avant de découvrir les comics américains, de Will Eisner à Scienkievitz, en passant par Brian Bolland, Simon Bisley, Frank Miller, etc. En fait, j’ai toujours dessiné. Le graffiti est arrivé dans ma vie vers l’âge de 14 ans, en 1984-85 je pense. C’est l’époque ou le Hip Hop est arrivé en France. On était ultra influencés par l’école New-Yorkaise, bien sûr, et notre bible de chevet était SUBWAY ART. Aux alentours de 1988 j’ai intégré un groupe de graffiti artists atypique qui s’appelait (et s’appelle toujours) PCP les « Petits cons de peintres ». On se démarquait des autres crews parce qu’on essayait de ne pas se prendre au sérieux, malgré le fait qu’on avait de sacrées pointures dans notre écurie (Number six, Hem, Cap, Phase, Kao1…)

J’ai donc pas mal touché de la bombe dans mes jeunes années, mais contrairement à beaucoup de mes potes, j’ai fini par lâcher, car l’outil ne me permettait pas de m’exprimer a fond. Les bombes de maintenant  sont beaucoup plus facilement maniables. A l’époque on bossait avec des krylon qui servaient à peindre des carrosseries de voiture, il fallait avoir un sacré doigté que je n’avais pas forcément (hahaha)

J’ai donc préféré me spécialiser dans la BD par la suite, l’outil me correspondait mieux.

Ceci dit, le graf, c’était 50 pour cent art, et 50 pour cent aventures : Sauter des barrières, pénétrer des endroits interdits (terrains, dépôt de train, catacombes…) Je crois qu’à l’époque c’était plutôt cet aspect là qui me branchait.

Ma vie est un continuum discontinu, dans le sens ou j’ai tâté d’un peu de tout artistiquement : Dessin, peinture, sculpture (un tout petit peu), écriture, cartoon, cinéma…

Le fil conducteur de tout cela est le côté urbain. J’ai toujours  utilisé ma culture de rue dans tout ce que je faisais, de mes premiers grafs à mes BD les plus récentes, en passant par la série LASCARS.

On te considère comme l’inventeur de la BD hip hop! Tu as été en effet l’un des premiers à documenter la street culture dans la bande dessinée et à véhiculer cette philosophie autours de la culture hip hop. Y a-t-il dans cette démarche un volonté de faire connaitre un certain milieu à d’autres?

C’est exactement ça. Pour moi, peu importe le médium. Le fond prime sur la forme, c’est pour ça que dans mes diverses activités artistiques, j’ai toujours eu plus ou moins le même discours, que ca soit dans la BD, la série télé ou sur un mur (j’ai même touché un peu le micro, dans les prémisses ce de qui devait devenir le groupe LA CLIQUA au tout début des années 90). Je m’inspire énormément de mon vécu personnel, et de celui de mes potes, c’est ce qui fait tout l’intérêt de mon travail, je pense. Il y’a une volonté de passer un message universel par le biais d’une culture spécifique.

La BD et le Hip Hop, pour moi, c’était obligé que ça fusionne un jour, puisque je baignais à part égale dans ces deux univers. Après moi, il y’e an eu d’autres.  J’ai aussi monté un journal de BD hip Hop : STREET LIFE STORIES, il y’a une douzaine d’années, ou j’ai eu la chance de bosser avec de grands artistes comme Popay, Seth, Eric Salch, pour ne citer qu’eux… Il y’a toujours eu cette envie de communiquer un état d’esprit, une culture, qui était mon interprétation du hip hop et de la culture de rue, et non pas la définition universelle.

Considères-tu qu’il y a une part de journalisme dans ton travail?

Oui, forcément.  Comme dit précédemment, ce qui m’intéresse, c’est faire partager à travers mon art, ma vision du monde tel que je le vis. Il y’a donc une volonté de témoignage. Y compris dans mes toiles. La série que j’ai développée depuis mon arrivée au canada en témoigne, puisqu’elle s’insère complètement dans la vision que j’ai de la vie Montréalaise. J’ai traité de sujets tels que les hipsters du plateau, les BS d’Hochelaga, mais aussi le drapeau canadien revisité, les mythes Amérindiens, etc.

Je bosse aussi ces jours ci avec le magazine Fluide Glacial, où je raconte mon existence d’immigré en Amérique du nord, dans une série de planches que j’ai appelé WESH CARIBOU. Encore une fois, ce sont des genres de reportages dessinés qui peuvent être vus comme une forme de journalisme.

Où en sont Les Lascars?

LASCARS,  c’est deux saisons de série short animée, un long métrage, deux saisons de série live . On projetait de faire aussi un long métrage live, mais ça se passe pas super bien avec le producteur. Je pense que c’est une aventure a présent derrière moi. Les mœurs n’ont pas tellement changé en vingt ans, mais je ne maitrise plus autant la culture de rue et le vocabulaire qui va avec : Je suis un père de famille qui paie ses impôts, on peut dire que je me suis embourgeoisé. Hahaha !

Plus simplement, j’ai envie de parler de ce que je vis. J’ai a présent 45 ans, j’aurais du mal à me placer en porte parole ou témoin de la jeunesse urbaine. Ca c’est quand j’étais jeune. Mais ça ne m’empêche pas de conserver ma grille de lecture Hip Hop.

Tu as également crée le projet Immortal Street Culture, une série d’œuvres plastiques à l’usage des archéologues du futur. Par un procédé d’inclusion dans la résine, tu as donc immortalisé 10 pièces issues du quotidien du street artist. On y retrouve entre autre des bombes de peinture, des markers, des bob Kangol. Ce projet est-il une manière de t’assurer qu’il reste des traces du mouvement pour les générations à venir?

C’est exactement ça. Ca m’est venu d’une réflexion sur le temps qui passe, justement. Je me suis demandé : « qu’est ce qui restera de ma culture urbaine dans 20, 50, 800 ans ? ». Peut être pas grand-chose. Que sait on réellement des gens qui vivaient il y’a deux mille ans ?

J’ai donc voulu conserver certains objets représentatifs d’un certain mode de vie (pour être large la « Street culture ») et les rendre éternels en les coulant de la résine. Comme le moustique dans Jurassic Park, quoi. Des time-capsules destinées à nos descendants. Le projet s’appelle IMMORTAL STREET CULTURE

Tu habites maintenant Montréal. Sur quoi travailles-tu en ce moment? Quels sont tes projets à venir?

Je bosse sur pas mal de choses : Je peins beaucoup, je prépare une deuxième série d’inclusions dans la résines, sur la thématique forte de l’immigration (je suis moi-même en plein dedans). Et parallèlement, je continue à bosser pour la BD, ainsi que le cinéma et la série télé. Je viens de finir d’écrire la saison 3 de ma web série animée LES KASSOS

AGC – Let’s start broadly : How did you end up getting familiar with Hip Hop and Graffiti ? What influences did you have when you started ? From your early years to today, do you see your path as a continuum ? Do you see different phases, disciplines, periods ?

ED – I first started appreciating drawings through comic books. I had many influences ranging from Gotlib to Reiser, notobly Margerin, Tramber and Jano (the french-belgium underground, you know).When I discovered american comics, I fell for works going from Will Eisner to Scienkievitz as well as Brian Bolland, Simon Bislez, Frank Miller, etc. Truthfully, I’ve always been drawing. Graffiti entered my life around the age of 14, in 1984 or 85. That was when Hip Hop arrived in France. We were heavily influenced by the New York school, of course, and SUBWAY ART was our bible. Around 1988, I joined a non typical graffiti artists group called PCP… The « Petits Cons de Peintres »… Small Dumbass Painters. We distinguished ourselves from other crews by not taking ourselves too seriously, even if we had some of the best writers out there (Number six, Hern, Cap, Phase, Kao1…).

Although I used a lot of spray cans in my youth, I have chosen to let them go, as opposed to many of my friends, because they did not allow me to express myself thouroughly. Current brands of spray paint are easier to use. Back then we would use Krylon, a hardware store brand. You needed hella can control… That I perhaps did not have (hahaha).

So I preferred specializing myself in BD & comics. This medium worked better for me. Graff was 50% for the art and 50% for the adventures: jump fences, enter forbidden places (yards, catacombs, etc.) At the time, I think this aspect motivated and excited me more.

My life is an ongoing series of isolated episodes, in the sense that I have tried many artistic things : drawing, painting, sculpture (just a little bit), writing, cinema… The common denominator is an urban element. I have always used my street culture in everything I do, from graff to my recent comics and through the LASCARS.

You are considered the inventor of hip hop comics! You were among the first to document street culture through bande dessinée and to channel that philosophy through that medium. Is there, beyond that work, a will to raise awareness about this movement ?

That’s precisely it. To me, no matter the medium, substance is more important than style. It’s one reason why I’ve more or less always had the same angle and tone throughout all of my artistic endeavours, be they comics, the TV series, or on a wall (I’ve even touched the mic with the group which later became LA CLIQUA in the early 90’s). I am greatly inspired by my personal life and the life of my friends, and I believe that therein lies all the interest for my work. There is a will to send out a universal message by means of a specific culture.

The comics and hip hop culture had to fuse one day, for me, as I was immersed equally in both worlds. Since me there have been several others. I am proud to have come first.

I also put together a hip hop comics journal, STREET LIFE STORIES, a dozen years ago. I was blessed with the opportunity to work with great artists such as Popay, Seth and Eric Salch, to name a few. They  weren’t necessarily familiar with comics, but they are all experienced with spray cans. It was a short adventure, but utterly insane and super inspiring.

There has always been, in each of my projects, a will to communicate a particular state of mind, a culture, through my interpretation of hip hop and street culture rather than its universally accepted definition.  

Do you consider that you work has a journalistic aspect?

Yes, certainly. As I said earlier, what interests me is to share, through my work, my vision of the world as I live it. There is a will to testify, as in my works on canvas. The series I have been working on since my arrival in Canada is a testament to this vision as these pieces fully integrate my vision of life in Montreal. In it I deal with subjects matters such as Plateau hipsters, Hochelaga’s BS, a remixed canadian flag, aboriginal myths, etc.

I am also currently working with Fluide Glacial magazine, where I relate my experience as an immigrant in North America, in a series of comics titled WESH CARIBOU. Again, these drawn-out chronicles can be seen as a form of journalism.

Where are the Lascars now ?

LASCARS is two complete seasons of the animated shorts, a feature film and two seasons of a live series. We also thought of doing a live feature film, but it hasn’t worked out very well with the producer. I think this experience is behind me now. The customs and habits have not changed much in the past 20 years, but I am not fully in control or in contact with the street culture and its vocabulary: I’m a father, a family man, and I pay taxes… I guess I’ve become gentrified. Hahaha !

More simply put, I feel like talking about what I live. I’m 45 years old now, it wouldn’t feel right for me to speak on the behalf of urban youth. That was when I was young. But it won’t stop me from analysing life from a Hip Hop perspective.

You also created the Immortal Street Culture project, a series of sculptures with an archaeological perspective for the future generation. By inserting them into resin, you have immortalized 10 items relating to the daily life of an artist from the streets : spray cans, markers, Kangol hat, etc. Is this project a way for you to assure that this movement’s traces live on for centuries ?

That’s exactly it. It came to me through a reflexion on how time flies. I asked myself « what will remain of my urban culture in 20, 50, 800 years ? ». Maybe nothing much. What do we really know of people who lived 2000 years ago ? 

I wanted to conserve certain objects that represented a certain lifestyle (widely referred to as ‘street culture’), and to make them eternal by fixing them into resin. Like the bug in Jurassic Park, they’re time capsules addressed to our descendants. The project is titled IMMORTAL STREET CULTURE.

You now live in Montreal. What are you currently working on? What can we expect to see next?

I am working on several things : I paint a lot, I’m preparing a second series of resin inclusions on the theme of immigration (which I am living this myself) and in parallel, I continue to work on comics and Bande Dessinées as well as cinema and TV series. I just finished writing Season 3 of my animated web series LES KASSOS.

This interview has been made possible thanks to the generous contribution of Eva Rostain and Fanny Forest.

mécénat – partenariat Eskis company